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Enjeux matériels de l’hypersensibilité environnementale


Aperçu de la problématique

Besoins matériels et dépenses :

Logement

Autres dépenses


Aperçu de la problématique


L’hypersensibilité environnementale est une problématique de santé très complexe qui comporte deux manifestations principales :


- La sensibilité aux produits chimiques (sensibilité chimique multiple, SCM) implique une variété de réactions aux différents contaminants et aux molécules de synthèse présents dans l’air, l’eau, la nourriture, les médicaments, etc.


- La sensibilité aux champs électromagnétiques (électrohypersensibilité, EHS) comporte un éventail de réactions aux différentes ondes émanant des réseaux et appareils électriques ainsi que des technologies sans fil.

 

La prolifération accélérée des technologies sans-fil (téléphonie cellulaire et sans fil, Internet sans fil, compteurs à radiofréquences) s’accompagne d’une augmentation rapide du nombre de cas d’EHS. La SCM pour sa part, a vu le nombre de cas s’accroître avec l’apparition des milliers de molécules de synthèse dérivées de la pétrochimie et maintenant présentes dans la vaste majorité des produits de consommation. Il est à noter que des réactions surviennent lorsque ces contaminants sont présents dans l’air, qu’il y ait ou non une odeur perceptible. Les molécules pointées du doigt (telles les phtalates ou le bisphénol-A) ont été reliées au cancer ainsi qu’à des perturbations endocriniennes. Ce facteur hormonal est soupçonné de jouer un rôle dans le fait que les victimes de SCM sont à 80 % des femmes.

 

Plusieurs personnes éprouvent les deux formes de sensibilités à des degrés divers. L’exposition aux moisissures semble agir comme déclencheur initial ou facteur aggravant dans plusieurs cas de SCM et d’EHS.

 

Paul Héroux, physicien et professeur à l’Université McGill, a conduit des expériences sur les effets biologiques des champs électromagnétiques (CEM). Il explique que l’organisme humain n’ayant pas évolué dans un environnement saturé de CEM, en particulier les radiofréquences (hautes fréquences, micro-ondes) des technologies sans fil, il n’a pas développé de système spécifique pour y faire face. On pourrait en dire autant des molécules de synthèse. SCM et EHS sont donc des maladies dites multisystémiques, des syndromes avec leurs multiples symptômes : troubles de concentration, irritabilité, maux de tête, étourdissements, engourdissements, fatigue importante, insomnie, nausée, arythmie cardiaque, gonflement abdominal, douleurs articulaires et musculaires (fibromyalgie), etc.

 

Si les victimes de SCM peuvent être soulagées lorsqu’elles sont exposées à l’air pur, celles atteintes d’EHS peuvent n‘avoir jamais de répit, la nature n’offrant plus un refuge intégral contre les radiofréquences, notamment en raison de la multiplication des antennes-relais.

 

Les expositions cumulatives conduisent à des états chroniques et souvent à l’invalidité, donc à la perte des revenus. Les régimes d’assurance-invalidité ne reconnaissent pas ces conditions de santé, non plus que le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, lequel accuse à cet égard un retard important sur plusieurs pays et provinces canadiennes. Seuls quelques médecins courageux posent le diagnostic.

 

Par contre, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec (CDPDJ) a reconnu l’hypersensibilité environnementale comme un handicap donnant droit à des accommodements. Pour l’instant, aucune ligne directrice n’a été énoncée pour l’accommodement des envirosensibles en logement social.

 

En l’absence de rentes d’invalidité appropriées, les personnes atteintes doivent souvent se rabattre sur l’aide de dernier recours de l’État (programme dit de Solidarité sociale pour les personnes avec contraintes sévères à l’emploi), avec un revenu très inférieur au minimum reconnu pour le seuil de la pauvreté, assorti de restrictions absentes des autres régimes (impossibilité de vivre avec un conjoint, de quitter le Québec pour plus de 5 jours, etc.).

 

Ce handicap suscite trop souvent l’incompréhension, le doute, voire l’hostilité et les personnes atteintes vivent beaucoup d’isolement en raison à la fois des particularités de la maladie et du rejet social qu’elle engendre.

 

 

Besoins matériels et dépenses


1. Logement


L’environnement étant au cœur de cette problématique de santé, le logement, avec son environnement extérieur et intérieur, constitue le premier facteur de santé des envirosensibles. Il peut faire toute la différence entre la détérioration (dégénérescence) de l’état de santé et sa possible réversibilité ou du moins, sa stabilisation. Le logement devient l’oasis où la personne atteinte peut récupérer et maintenir un minimum d’activité à l’extérieur.

 

Les coûts d’aménagement des logis adaptés sont excessivement élevés pour les deux formes de sensibilités :


- Matériaux sains, sans émanations de COV (composés organiques volatils des agglomérés et laminés, vernis, etc.), systèmes de ventilation et de filtration de l’air, literie faite de matériaux naturels, meubles sans émanations de COV;


- Expertises professionnelles de détection et réduction des CEM, appareils de détection (2 types : champs magnétiques et électriques, micro-ondes du sans-fil), blindage du logis : peinture au graphite, matériaux de blindage (moustiquaire et papier d’aluminium renforcé), rideaux ou pellicules pour fenêtres, lit baldaquin en tissu protecteur;


- Expertises de moisissures;


- Coûts des matériaux et de la main-d’œuvre pour rénover ou mitiger les problématiques dans des logements non adaptés. Par ex. : recouvrir un plancher flottant avec du papier pare-vapeur, sceller les joints et les tablettes des armoires en mélamine (émanations de formaldéhyde), laver et peinturer les murs pour éliminer les résidus de fumée et de diffuseurs de parfum, etc.


- Coûts des fréquents déménagements nécessités par des changements dans l’environnement : rénovations, dégâts d’eau, introduction de produits ou de technologies (WiFi, diffuseurs de parfums, pesticides, nouvelle tour de télécommunication, etc.).


Les femmes seules, non-fumeuses et sans animaux étant des locataires au profil idéal, les propriétaires sont susceptibles de les choisir sans égard à leur problème de santé, sans dévoiler des dégâts d’eau passés ou des travaux à venir.


Le taux d’errance des envirosensibles est beaucoup plus élevé que dans le reste de la population (voir : http://envirosensible.net/index.php/habitat/crise-du-logement) Plusieurs passent la majorité de leur temps dans leur voiture, même en hiver.


2. Autres dépenses

 

Masques au charbon, automobile sans émanation de formaldéhyde (neuf) ou résidus de parfum ou de fumée (usagé), vêtements en fibres naturelles; vêtements et lunettes de protection des CEM


Alimentation biologique, suppléments nutritionnels, médicaments ou traitements non couverts par la RAMQ


Aide domestique


Soins médicaux dans des cliniques hors-Québec


Soins dentaires : pour les personnes à faible revenu, la RAMQ ne défraie que les extractions et les amalgames au mercure (obturations grises) pour les dents postérieures. La plupart des personnes chimico et électrosensibles ont des sensibilités au mercure et souvent aux autres métaux.

 

Aide pour les déplacements, courses, travaux domestiques, etc.

 

Typiquement, les envirosensibles à faible revenu s’endettent jusqu’à la limite de leur crédit pour se procurer le plus longtemps possible une partie des biens et services dont ils ont besoin. S’ensuit souvent la faillite personnelle et la détérioration accélérée de l’état de santé. Plusieurs cas de suicide nous ont été rapportés. Notre soutien moral et matériel peut nourrir l’espoir et éviter à certains de sombrer en entraînant avec eux leur entourage impuissant. Si vous êtes en mesure d’aider par une forme d’intervention ou par des références, nous vous invitons à nous contacter.

 

Jacinthe Ouellet pour Air et Vie, décembre 2016

 

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